Littérature

Pour le droit de vote des femmes

Bonjour à tous !

Aujourd’hui, je voudrais vous parler d’un livre reçu grâce à l’opération Masse Critique de juin organisée par Babelio. Masse Critique propose à chacun de choisir un livre dans une liste d’ouvrages rassemblés autour d’un thème similaire, et de lire et critiquer le livre reçu en un mois.

Le thème de juin était la non-fiction, sujet aussi vaste qu’intéressant…

J’ai donc reçu Pour le droit de vote des femmes de John Stuart Mill paru aux éditions iXe [lien], un recueil de quatre discours de ce philosophe et fervent féministe britannique du XIXe siècle.

Avant toute chose, je dois dire que j’ai beaucoup aimé le livre lui-même en tout qu’objet. Sa petite taille le rend très confortable à la lecture (et facile à glisser dans un sac à main !), et le papier est doux et de bonne qualité.

De plus, les éditions iXe utilise la règle de proximité, règle grammaticale dont j’ignorais totalement l’existence et qui consiste à accorder en genre et en nombre l’adjectif, le participe passé et le verbe avec le nom qui les précède ou les suit immédiatement. Cette règle (j’ai appris qu’elle avait été couramment appliquée jusqu’au XVIe siècle) offre enfin une alternative au sempiternel « le masculin l’emporte ! »

Les textes de Mill, qui sont encore étonnamment modernes, montrent à quel point ce dernier était en avance (ou la société britannique de l’époque en retard…), surtout quand on sait que le droit de vote sera accordé aux femmes du Royaume-Uni environ soixante ans plus tard, en 1928.

Je n’avais jamais entendu parler de Mill quand j’ai reçu ce livre, et je dois dire que ce fut une très belle découverte ! Je n’avais pas imaginé que ces textes seraient autant d’actualité et je dois avouer que je connaissais assez peu (voire même pas du tout) de figures féministes masculines du XIXe siècle. Quand j’ai commencé à annoter ce livre, et à souligner les phrases qui me plaisaient, j’ai dû me raisonner pour ne pas souligner toutes les phrases !

« Nous devrions ne point leur refuser ce que nous accordons à tout le monde, elles exceptées : le droit d’être consultées sur le choix de leurs représentants ; l’occasion ordinaire de désigner dans le grand Conseil de la nation les porte-paroles de leurs sentiments […]. »

Une vision nouvelle

Pour cette critique, je ne séparerais pas les propos des quatre discours, car ils sont plus ou moins écrit dans la même veine et avec la même verve. On peut juste noter que, dans le premier discours de ce recueil, Mill se trouve face à la Chambre des Communes, donc face à un parterre d’hommes, dont la grande majorité est contre l’ouverture du droit de vote aux femmes, alors que dans les trois autres, il s’adresse aux sociétaires de la National Society for Women’s Suffrage, ce qui lui permet un ton beaucoup plus libre et virulent contre ceux qui préféreraient ne pas voir les femmes accéder au droit de vote.

Pour Mill, le droit de vote féminin permettrait aux femmes enfin d’être considérées comme de véritables citoyennes britanniques, ce qui changerait du même coup les relations hommes-femmes, et permettrait aux hommes et aux femmes de vivre « véritablement en compagnonnage ».

Il d’ailleurs nécessaire de noter que le travail de Mill a été influencé et accompagné par les écrits de sa femme, également féministe et philosophe, Harriet Taylor Mill.

« Est-il bon pour un homme de vivre en parfaite communion de pensée et de sentiments avec un être soigneusement maintenu en position d’infériorité par rapport à lui ? […] Le temps est proche, Monsieur, où les hommes s’abaisseront au niveau des femmes si les femmes ne sont pas hissées au niveau des hommes. »

Des arguments frappants

Mais John Stuart Mill ne s’arrête évidemment pas seulement au droit de vote féminin, et milite pour une véritable éducation des femmes, pour un accès total des femmes à la politique, pour la protection des femmes contre les violences conjugales et un profond changement de mentalité quant à la prétendue « infériorité » féminine.

Pour lui, il est indigne de ne pas laisser les femmes voter et démonte avec aises les deux arguments principaux des « anti-suffragettes », à savoir que 1) les femmes ont assez d’influence sur les hommes qui les entourent pour ne pas avoir besoin du droit de vote, car elles votent à travers leurs pères/frères/maris et que 2) les femmes ne sont pas assez éduquées et/ou sont trop sous l’influence du clergé pour formuler des opinions politiques « correctes ».

À cela, Mill répond par une comparaison ingénieuse et une solution simple.

Les femmes ont assez d’influence pour se passer de droit de vote ? Les hommes riches ont également une influence indirecte considérable et pourtant, personne n’a envisagé une seule minute de leur retirer le droit de vote.

Les femmes sont trop ignorantes et à la solde du clergé ? Donnons aux femmes la capacité de s’instruire correctement et donnons leurs d’autres oreilles pour écouter leurs histoires que celles des curés.

« Quand bien même n’y en aurait-il qu’une sur vingt mille à voter, ce serait une aubaine pour toutes qu’elle soit en capacité de le faire. »

Un esprit moderne

Il insiste également à de nombreuses reprises sur le fait que les femmes sont capables d’apporter de nombreuses choses à un gouvernement et que leur accès à la politique ne peut qu’enrichir les discussions et actes politiques en bien des points.

« Un gouvernement exclusivement composé d’hommes est par nature enclin à être facilement content de lui. Mentalement, les hommes sont plus indolents que les femmes, et bien trop prompts à croire qu’ils ont fait tout ce qu’il fallait, ou qu’il est inutile de faire quoi que ce soit. Leur conscience et leurs sentiments ont besoin d’être stimulés, et pour cela il faut l’impulsion plus vive et énergique des femmes. »

Mill milite également pour que les coupables de violences envers les femmes reçoivent des peines suffisantes et que l’on considère les violences et abus faites aux femmes comme de véritables crimes, de véritables délits, et aujourd’hui encore, nous avons bien des progrès à faire sur ce sujet.

« La plupart des hommes, dira-t-on, sont incapables d’une brutalité aussi horrible. Peut-être est-ce vrai ; il semble cependant qu’ils soient parfaitement capables de la laisser se perpétrer. »

Ce que j’ai également beaucoup apprécié dans ce recueil, outre les propos de Mill eux-mêmes évidemment, c’est l’enthousiasme de ce dernier. À aucun moment, il ne semble flancher et répète dans tous ces discours que le jour où les femmes se verront accorder le droit de vote et une véritable place dans la société ne saurait tarder. Il a d’ailleurs continué de militer jusqu’à la fin : le dernier discours du livre date de 1871, deux ans avant sa mort.

Ce recueil m’a donc très agréablement surpris par sa modernité et sa justesse, et je le conseille à toutes celles et ceux qui souhaite en apprendre plus sur cette grande figure du mouvement pour le droit de vote des femmes (et les droits de femmes, de façon plus générale). Je trouve important d’avoir des écrits féministes rédigés par un homme, surtout quand ils dégagent une telle émotion et une telle vérité.

Merci donc à Babelio pour cette belle découvert et à bientôt !

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