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L’écrivain national

Bonjour !

Il y a un mois, j’ai lu L’écrivain national de Serge Joncour, que j’ai dévoré en quelques jours. Je voulais en parler sur mon ancien blog, mais j’ai décidé d’attendre que ce site soit terminé afin de pouvoir poster un article flambant neuf. (Ou presque.)

 

 

Lorsqu’un un écrivain (nommé Serge) accepte une résidence d’écriture dans une petite ville du Morvan, il ne se doute pas qu’au lieu d’un tranquille séjour ponctué d’ateliers d’écritures et de rencontres avec les élus locaux finira par l’entraîner au cœur d’un fait divers, où deux « néo-ruraux », Aurelik et Dora sont accusée de la disparition d’un vieux maraîcher à la retraite et prétendument riche. Mais ce qui fascine surtout Serge dans cette histoire, ce qui l’attire irrémédiablement dans le trou perdu qu’est L’Épeau, c’est Dora. Dora, dont les yeux l’invitent à en savoir plus sur ce qui s’est réellement passé, entre les arbres sombres du Morvan…

« La fille, contrairement à tous les autres, avait le visage tourné vers la droite, elle avait repéré le photographe et fixait l’objectif avec une insistance détachée.

En l’examinant bien, le trouble venait justement de son regard. De fait, elle regardait quiconque regardait la photo, un regard tranchant où je devinais autant de défiance que de séduction. […] Plus je m’arrêtais sur son visage et plus elle me fixait, au point que je finis par le prendre pour moi, ce regard, à le ressentir intimement, comme si d’instinct j’entrevoyais l’importance que revêtirais cette femme pour moi quelques jours plus tard. Elle s’appelait Dora. »

 

 

L’auteur dépeint avec justesse l’état d’esprit de certaines provinces isolées, les non-dits, la suspicion, le manque de culture. On ressent une campagne enfermée dans le passé, incapable de bouger, d’innover, d’aller de l’avant. Il parle également du caractère particulier de quelques provinces, où l’on est (presque) toujours prêt à vous parler, à se confier, sans pour autant vous considérer comme « quelqu’un d’ici ».

Face aux préjugés quant à sa profession, sa manière de vivre, son statut de citadin, le narrateur tente de comprendre sans pour autant se laisser dénaturer par l’ambiance pesante de méfiance qui imprègne le roman.

Serge Joncour n’épargne ni les autochtones, les « gens du cru », ni les « néo-ruraux », et autres alternatifs dans ce semi-polar aux senteurs de patchouli et de forêt humide. Il n’y a pas ou peu de partis pris, les campagnards autant que les écologistes sont prisonniers de leur petitesse d’esprit, cloîtrés dans leurs convictions.

Mais ce qui m’a surtout plu dans ce livre, c’est que l’auteur n’en a pas fait un thriller à l’américaine, avec de la tension et des rebondissements à chaque page. Non, au contraire, c’est un livre drôle, habité d’un humour qui empêche toute chute dans le glauque et l’angoisse. L’histoire se déroule assez lentement, et l’on sent l’auteur poser doucement mais sûrement les jalons qui mènent jusqu’à la conclusion. Conclusion par ailleurs diablement bien menée, moi qui aime les romans policiers, les Agatha Christie, Sherlock Holmes et autres Anne Perry, je ne l’ai pas du tout vue venir.

 

« Finalement cette forêt autour de moi ne me faisait plus peur. Pourtant cette fois j’étais complètement perdu, livré à ce monde d’arbres obscurs à l’immobilité inquiétante, mais je n’en avais plus peur. Je savais que la forêt est une terre inoffensive, un royaume immobile où dort toute une faune pendant qu’une autre se faufile en silence, sangliers, renards, vers ou insectes, il n’y avait là que des vies préoccupées par elles-mêmes, insensibles au sort des hommes, malgré les ombres et les craquements, je ne ressentais plus le moindre affolement. Cette fois je savais que même paumé en pleine forêt, même en pleine nuit, le seul vrai danger ce serait la peur, la mienne ou celle d’un autre. »

 

J’espère que cet article vous aura donné envie de lire ce livre et/ou de vous aventurer dans la forêt la plus proche.

A bientôt !

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